mardi 17 janvier 2012

Bombe à Marseille : 4 300 personnes à évacuer mercredi

À partir de 7 heures, ce mercredi, une partie des habitants du Panier et des Catalans vont devoir se mettre à l’abri…


Zoomez sur l’infographie en cliquant sur le lien en bas de l’article
C’est une opération totalement inédite et d’une ampleur exceptionnelle que les services de la Ville de Marseille et de la préfecture des Bouches-du-Rhône vont devoir coordonner dans les prochains jours, en plein coeur de la cité phocéenne, dans l’un des secteurs les plus peuplés et les plus fréquentés du centre-ville.
L’évacuation
En effet, ce mercredi 18 janvier à partir de 7 h et jusqu’à environ 13 h 30, près de 4 300 personnes résidant de part et d’autre du Vieux-Port, surtout dans les quartiers du Panier et des Catalans, devront quitter leur domicile ou leur lieu de travail pour sortir de la zone à risque. Ceux qui le souhaitent pourront trouver refuge dans l’un des deux centres d’accueil mis à leur disposition par la municipalité et le rectorat : l’Espace Bargemon, à côté de l’Hôtel de Ville, et le lycée professionnel Colbert, 12 rue du Capitaine Dessemond. À 9 h, plus personne ne devra se trouver dans cette zone.
Ce même jour, à partir de 9 h, 8 500 autres Marseillais situés dans la zone de protection, seront contraints de rester à l’intérieur de leur habitation et d’en fermer les volets afin d’éviter toute projection de morceaux de verre en cas de déflagration. Quant aux automobilistes qui emprunteront les tunnels Joliette, Vieux Port, La Major et Prado Carénage, ils ne pourront les utiliser que pour traverser la ville. À partir de 7 h, il leur sera impossible d’emprunter les bretelles de sortie donnant accès au centre-ville et au Vieux-Port, y compris celles du bd des Dames et la sortie Chanterac, car toutes seront fermées. Circulation des véhicules qui sera d’ailleurs interdite en surface dans tout le périmètre concerné.
Situation identique sur le plan d’eau où aucun bateau ne sera autorisé à naviguer sur la moitié Ouest du Vieux-Port, l’avant-port de la Joliette et le bassin de la Grande Joliette (au niveau de la gare maritime internationale et des postes à quai 86 à 96). Ce qui veut dire que les quatre cargos-mixtes de la SNCM et de la CMN (Piana,Jean Nicoli 2, Kalliste et Monte d’Oro) attendus entre 7 h et 7 h 30, ce matin-là, seront déroutés vers les ports Nord, mais aussi et surtout que le service des navettes du Frioul sera interrompu dans les deux sens jusqu’à la fin de l’alerte.

Toutes les rues évacuées mercredi
Espace Nord
- Quai Jean Charcot
- Digue Ste Marie
- Digue St Jean
- Espace St Jean
- Esplanade du fort St Jean
- Promenade Louis Brauquier
- Quai de la Joliette, à partir de la Rue Jean-François Leca
- Quai de la Tourette
- Avenue Vaudoyer
- Place de la Major (voir carte pour bâtiments concernés)
- Rue de Mazenod, de l’angle Rue Jean-François Leca à l’angle Rue Marchetti
- Esplanade de la Tourette
- Parvis de St Laurent
- Parvis du Château Joly
- Place du Château Joly (côté impair)
- Square Protis
- Rue Four du Chapitre (côté opposé à l’hôtel de police)
- Rue St Laurent (côté église St Laurent)
- Fort St Jean
- Cathédrale de la Major
- Place de Lenche (voir carte pour bâtiments concernés)
- Rue des Ferrats
- Rue de l’Argentière
- Rue Fontaine des Vents
- Rue Jean Galland
- Rue St Thomé, de l’esplanade de la Tourette jusqu’à l’angle rue St Laurent / rue des Ferrats
- Rue St Thomé, de l’angle rue St Laurent / rue des Ferrats jusqu’à la place de Lenche / rue Henri Tasso (côté pair)
- Rue Miradou
- Rue de la Cathédrale
- Rue de l’Evêché, de la rue Four du Chapitre à la Place de Lenche (côté impair)
- Avenue Robert Schuman (côté impair – côté de la Major)
- Rue Jean-François Leca, du quai de la Joliette jusqu’à l’angle de l’avenue Schuman (côté impair)
Espace Sud
- Tout le périmètre compris entre la mer et le Boulevard Charles Livon (y compris le Cercle des nageurs de Marseille)
- Bas Fort St Nicolas
- Bassin du carénage
- Capitainerie
- Rue des Catalans, du Pharo jusqu’au boulevard Charles Livon
- Boulevard Charles Livon (côté Pharo/mer)
- Allée du Médecin Colonel Eugène Jamot
- Allée du Dr Paul Louis Simond
- Quai de Rive Neuve, du boulevard Charles Livon jusqu’à l’angle de la Rue Robert
- Quai Marcel Pagnol
- Impasse Paul Valéry
- Rue Robert, du quai de Rive Neuve à l’angle de la rue neuve Ste Catherine (côté pair)
- Immeuble Le Pasteur sis au 31E Avenue Pasteur
- Immeuble Le Pharo sis au 75 Boulevard Charles Livon
La bombe
Raison de ce grand chambardement : l’évacuation d’une bombe aérienne américaine de 500 livres (250 kg) dont 120 kg de charge militaire, découverte le 29 décembre dernier sur le chantier de percement des darses du futur Mucem, sur l’espace Saint-Jean ( J4). Cette bombe pourrait faire partie des 10 % de bombes non explosées, larguées lors des bombardements alliés de 1943, mais les démineurs n’excluent pas le fait qu’elle ait pu être en dotation au 104e Gruppo et lâchée par l’un des dix appareils italiens qui ont visé plus particulièrement le Vieux-Port et le Fort Saint-Jean, le 21 juin 1940.
Bien que d’un type bien connu (AN-M43), cette bombe ne peut cependant être désamorcée et neutralisée sur place par les démineurs de la Sécurité civile compte tenu de l’état dans lequel elle se trouve. Comme le souligne l’un d’eux, “la fusée a été gravement endommagée au moment où la bombe a percuté le sol et il est désormais très difficile de l’extraire, sinon en perçant le corps de la bombe ce qui augmenterait considérablement le risque d’explosion”.
Les moyens
D’où le choix de la déplacer sur une quarantaine de mètres, jusqu’à la digue Saint-Jean, puis de la confier aux plongeurs-démineurs de la Marine nationale qui la détruiront au large des côtes. Transport réalisé au moyen d’un engin de levage loué à une société privée et à la conduite duquel se forment depuis plusieurs jours les experts artificiers. Or, comme le souligne le préfet Hugues Parant, en pareil cas, “l’obligation réglementaire est de constituer un périmètre de sécurité de 800 m de rayon, centré sur la bombe et se déplaçant avec elle”.
En théorie, donc, 15 000 personnes étaient susceptibles d’être évacuées ; opération difficilement envisageable sur le plan pratique compte tenu de ses conséquences humaines et économiques. Après consultation de l’ensemble des parties concernées (pas moins d’une quarantaine de partenaires institutionnels, publics ou privés), à commencer par les spécialistes en explosif afin de connaître les effets de souffle et les risques de projection d’éclat, à l’horizontale mais également “en cloche”, à longue distance, la préfecture a alors aménagé ce périmètre, parvenant à réduire la zone d’évacuation pour qu’elle ne concerne plus que 4 300 personnes.
Les arguments
Nous avons eu de longues discussions pour gérer au mieux la phase critique tout en prenant des précautions maximales“, résume Hugues Parant. “Dans cette opération, la ville est aux ordres de la préfecture afin de lui apporter tout son soutien et faire en sorte que tout se passe le mieux possible, déclarait pour sa part le sénateur-maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Je demande donc aux Marseillais de se conformer aux consignes et de pas sortir de chez eux avant que tout soit terminé”. Le maire qui faisait néanmoins remarquer “qu’il y déjà plus de 15 jours que le chantier du Mucem est arrêté à cause de cette bombe”
Un autre enjeu de ce déplacement de population est la sécurité des biens momentanément abandonnés. Alain Gardère, préfet délégué pour la Sécurité et la Défense se veut rassurant : “Quatre compagnies de CRS et des effectifs de la police municipale, soit environ 500 agents, seront mobilisés pour l’occasion afin notamment d’assurer la surveillance des logements évacués et déjouer toute tentative d’intrusion malveillante. Ils seront appuyés par un hélicoptère qui survolera la zone du début à la fin de l’opération”.

Informations sur le site internet de la préfecture www.paca.gouv.fr, auprès du standard Allô Mairie 0810 813 813. Le jour même, le déroulement de l’opération de “débombage” pourra être suivi en temps réel sur les ondes de France Bleu (103,6 FM) et sur LaProvence.com Zoom sur le plan du périmètre de sécurité de mercredi
Trouvé chez Jo

lundi 16 janvier 2012

Pétition internationale contre la guerre en Iran et en Syrie - mondiale ensuite -

Pétition contre la guerre en Iran et en Syrie

Lancé à l’initiative de Domenico Losurdo,
cet appel international,
paru en plusieurs langues
et destiné au gouvernement respectif de chaque pays concerné,
a déjà reçu le soutien de plusieurs députés au Bundestag,
du philosophe et député européen Gianni Vattimo,
et de nombreux citoyens.

Pour signer la version française de cette pétition,
envoyer vos noms et confirmation à :

N’hésitez pas à faire circuler ce texte.

Stopper les préparatifs de guerre ! Mettre fin à l’embargo !
Solidarité avec les peuples iranien et syrien !

Des dizaines de milliers de morts, une population traumatisée, des infrastructures largement détruites et un Etat désintégré : c’est là le résultat de la guerre menée par les Etats-Unis et l’OTAN pour s’approprier les richesses libyennes et recoloniser le pays. A présent, ces derniers préparent éhontément la guerre contre l’Iran et la Syrie, deux pays stratégiquement importants, riches en matières premières et qui refusent, en toute indépendance politique, de se soumettre à leurs dikats. Une attaque de l’OTAN contre la Syrie ou l’Iran pourrait provoquer un conflit direct avec la Russie et la Chine, ce qui aurait des conséquences inimaginables.
De continuelles menaces de guerre, le déploiement de troupes aux frontières de l’Iran et de la Syrie, sans parler des actions terroristes et de sabotage de la part d’« unités spéciales » infiltrées, tout cela fait partie de l’arsenal avec lequel les Etats-Unis et autres membres de l’OTAN imposent un état d’exception aux deux pays pour les épuiser. Les Etats-Unis et l’Union européenne tentent de façon cynique et inhumaine de paralyser par l’embargo le commerce extérieur et les transactions financières de ces pays. De manière délibérée, ils veulent précipiter les économies iranienne et syrienne dans une crise grave, augmenter le nombre de chômeurs et compromettre l’approvisionnement de la population. Pour trouver un prétexte à leur intervention militaire planifiée depuis longtemps, ils cherchent à attiser les conflits ethniques et sociaux internes et à provoquer une guerre civile. L’Union européenne ainsi que le gouvernement italien collaborent grandement à cette politique d’embargo et de menaces de guerre contre l’Iran et la Syrie.
.
Nous appelons tous les citoyens, églises, partis, syndicats, mouvements pacifistes à s’opposer énergiquement à cette politique de guerre.

Nous demandons au gouvernement français :
  • de stopper sans conditions et immédiatement l’embargo contre l’Iran et la Syrie
  • de déclarer qu’il ne participera en aucune sorte à une guerre contre ces Etats et qu’il n’autorisera pas l’utilisation de sites français pour une agression de la part des Etats-Unis et de l’OTAN
  • de s’impliquer au niveau international pour mettre fin à la politique des chantages et des menaces de guerre contre l’Iran et la Syrie.
Les peuples iranien et syrien ont le droit de décider par eux-mêmes et souverainement de l’organisation politique et sociale de leur pays. Le maintien de la paix exige que soit respecté rigoureusement le principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres Etats.
Domenico Losurdo
Gianni Vattimo
Manlio Dinucci
la version allemande de ce texte a été signée par les élus :
Eva-Bulling-Schroeter
Sevim Dagdelen
Dr. Diether Dehm
Heike Hänsel Ulla Jelpke
http://blogs.rue89.com/sites/blogs/files/blog_entry/comments/berth_radio-actifs_lapins.jpg
Mieux vaut être actif que radio-actif !

jeudi 12 janvier 2012

Pourquoi l´Amérique Latine fait appel aux philosophes.

Souffle d'espoir en provenance du Venezuela.



mardi 10 janvier 2012
Barcelone, Espagne – Je viens de rentrer du sixième Forum International de Philosophie à Maracaibo, au Venezuela, où des philosophes de quatre continents étaient invités à débattre sur le thème de "l´Etat, la Révolution et la construction de l´hégémonie". Cet évènement a été inauguré par les vice-présidents du Venezuela et de Bolivie, et retransmis par plusieurs chaînes de télévision. Le dernier jour un prix de 150.000 $ a récompensé le meilleur ouvrage présenté dans le cadre du Prix Libertador pour la Pensée Critique 2011.

De même que pour le Forum Social Mondial du Brésil, ce prix et ce forum visent à refléter non seulement le progrès social qui caractérise ces nations, mais aussi les progrès dans d´autres parties du monde ; c´est pourquoi on ne compte parmi les invités que des penseurs essentiellement de gauche : engagés au service des secteurs faibles, exclus, opprimés de la société.

Indépendamment de l´impact que le rapport de cette rencontre peut avoir sur les gouvernants qui le liront, ce qui nous intéresse, nous en tant qu´universitaires européens, est la signification institutionnelle donnée à la philosophie dans cette région du monde. Existe-t-il une conférence, un forum aux États-Unis ou en Europe que des vice-présidents de la république prendraient le temps d´inaugurer ?

Sans doute les participants étaient-ils tous des socialistes progressistes (voire marxistes dans certains cas) et nourrissaient-ils d´emblée une certaine sympathie pour ces mandataires politiques démocratiquement élus (en Amérique Latine, seul le Honduras ne dispose pas de gouvernement démocratiquement élu). Reste que nos gouvernants occidentaux néo-libéraux n´organisent pas de telles conférences pour leurs intellectuels préférés. Voir les vice-présidents d´Italie ou du Canada financer une conférence pour que 50 philosophes réfléchissent sur leurs politiques, reste de l´ordre du rêve. Peut-être que ce jour viendra.
D´ici là interrogeons-nous nous-mêmes sur ce que ce forum latino-américain nous dit de la relation entre philosophie et gouvernement.
Avant quoi, il faut rappeler que la plupart des nations latino-américaines actuelles ont élu des gouvernements socialistes dont l´objectif principal est de sortir de la pauvreté les citoyen(ne)s exclu(e)s par les états néo-libéraux (et dans certains cas par des états dictatoriaux) qui ont gouverné cette région dans le passé. C´est pourquoi depuis plus d´une décennie, des intellectuels progressistes aussi célèbres que Noam Chomsky et beaucoup d´autres ont soutenu Chavez, Morales, et d´autres présidents démocratiquement élus : pour leurs programmes sociaux et pour leur indépendance économique du FMI.
Malgré le progrès social (depuis 2003, la pauvreté extrême a été réduite de 72 % au Venezuela), malgré les initiatives écologiques (Morales a été déclaré “Héros Mondial de la Terre-Mère" par le Président de l’Assemblée Générale des Nations Unies), malgré l´efficacité économique de ces gouvernements (à la différence des États-Unis, les économies latino-américaines croîtront de 4.7 % en 2012), nos médias occidentaux mantiennent leur campagne de désinformation haineuse pour discréditer ces succès.

Oliver Stone a suggéré dans son brillant documentaire South of the Border, que cette campagne est le symptôme de la peur que les citoyens occidentaux exigent à leur tour de semblables politiques. En tout cas, tandis qu´en Europe nous éliminons des services sociaux pour obéir aux demandes de la Banque Centrale Européenne, les États Latino-Américains ne font que les augmenter, et c´est précisément ce que réclament tant de manifestants occidentaux ("indignados", Occupy Wall Street, et autres mouvements courageux).

Ces pays d´Amérique Latine ne font pas appel aux philosophes pour obtenir d´eux des justifications rationnelles ou dans l´espoir que certains d´entre eux écrivent des articles de propagande sur leurs politiques. Ils montrent plutôt leur conscience que l´Histoire n´est pas finie. Je rappelle la célèbre théorie de Francis Fukuyama ("la démocratie libérale est la seule forme légitime de gouvernement généralement acceptée"), aujourd´hui complètement assimilée, pour ne pas dire intégrée, à notre culture capitaliste.

Sauf que l´Histoire en Amérique Latine n´a jamais pris fin ni recommencé. Elle évolue simplement comme une alternative à notre logique capitaliste d´enrichissement économique, de progrès technologique et de supériorité culturelle. Les pays latino-américains ne visent pas à dominer les autres mais simplement à revendiquer ceux que Walter Benjamin appelait les "perdants de l´Histoire" : ceux qui n´ont pas réussi dans notre système néo-libéral démocratique. Ces "actionnaires" sans succès ne sont pas seulement représentés par les citoyens défavorisés mais aussi par les nations et les continents sous-développés. C´est dans ce contexte que la philosophie est appelée à penser historiquement – c´est-à-dire à maintenir vivante l´Histoire. Mais comment ?

En tant que discipline interprétative déterminée à mettre en cause les fondements (culturels, scientifiques ou politiques) de la pensée, la philosophie vit dans l´insatisfaction permanente, obligée de poursuivre son inlassable recherche de modèles, de possibilités et d´histoires alternatives. Ce sont ces alternatives qui permettent de maintenir l´Histoire en vie parce qu´elles maintiennent la possibilité d´une plus grande liberté, d´une démocratie plus large, et de systèmes alternatifs.

Dans ce but les organisateurs du forum ont préféré suivre les principes herméneutiques du dialogue, d´une conversation où la vérité devient un échange constant de points de vue différents. Dans un dialogue sincère, aucun des interlocuteurs ne dispose à priori de la vérité absolue ni du terme final du débat ; c´est la discussion qui y mène.

Les 50 participants de la rencontre ont donc été divisés en plusieurs groupes : les différents thèmes du débat ont été discutés ouvertement par chacun, depuis chaque point de vue philosophique. Un rapport a émané de chacun des groupes et leur somme a été remise aux gouvernants du Venezuela pour les encourager à poursuivre et à améliorer le progrès social déjà atteint. Je suis certain que la totalité de nos propositions et analyses ne sera pas bienvenue ou appliquée. Mais le fait que des leaders politiques nationaux ont besoin de telles réunions depuis plus de dix ans indique la signification qu´ils donnent à la philosophie pour le bien-être de l´État.
Même si nous avons tou(te)s été invité(e)s pour nos sympathies envers les politiques contemporaines de l´Amérique Latine, les organisateurs savaient très bien que nos différences de positions philosophiques enrichiraient plutôt qu´elles nuiraient à la discussion. En somme et comme le disait feu Richard Rorty, l´Amérique Latine fait appel aux philosophes "pour poursuivre la conversation" et parce que ses mandataires politiques sont assez honnêtes pour reconnaître que l´Histoire n´a pas pris fin avec leur forme socialiste et démocratique de gouvernement.

Santiago Zabala est professeur et chercheur de l´ICREA, Université de Barcelone. Parmi ses ouvrages citons The Hermeneutic Nature of Analytic Philosophy (2008), The Remains of Being (2009) et surtout le récent Hermeneutic Communism (2011, co-écrit avec Gianni Vattimo). Tous ces ouvrages ont été publiés par Columbia University Press.

Sa page Web est www.santiagozabala.com
Traduction de l´anglais : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

vendredi 6 janvier 2012

Paul Jorion, économiste: «Nous vivons un désastre annoncé» - Le blog d' Eva, R-sistons à la crise

La révolution est proche suivant Paul Jorion, économiste de renom, depuis le temps qu’on en parle! Cela fait maintenant 1 an qu’on annonce le pire ici, et ça traiiiiine… Bien sur il ne faut pas être trop pressé, mais à attendre « le Messie », on finit presque par ne plus y croire…

/ Photo Philippe Matsas
Photo Philippe Matsas
Paul Jorion est devenu célèbre avec la crise des subprimes de 2007 qu’il avait été un des seuls à voir venir : il travaillait aux USA dans le milieu bancaire après avoir été trader en France. Depuis, il ne cesse de mener la controverse sur son blog et par ses livres. Le 12 janvier, il sera l’invité à Lyon de la Villa Gillet, avec l’essayiste Nicolas Baverez et l’historienne Sophie Wahnich, sur le thème de la révolte. En avant-première l’entretien qu’il nous accordé
 Le pessimisme domine, en ce début d’année. Pouvez-vous nous donner une raison d’être optimisme ?
Oui : les politiques savent ce qu’il faudrait faire… Le discours de Monsieur Sarkozy à Toulon, le 25 septembre 2008, a été à ma connaissance la seule déclaration par un politique qui non seulement prenait conscience de la gravité de la situation, mais aussi expliquait les mesures à prendre pour sauver le cadre existant. Mais ensuite, rien n’a été fait, ni en France ni ailleurs, pour mettre en œuvre ces mesures.
 Vous êtes l’un des rares économistes qui ont vu monter la crise des subprimes… Pour 2012, que voyez-vous ?
Je veux préciser que, si j’ai pu en 2004-2005 faire une analyse juste de la situation, c’est parce que j’étais dans une fonction privilégiée pour la comprendre: je travaillais dans le secteur des subprimes, sur la gestion et la validation des modèles financiers. Je ne suis pas aujourd’hui dans les mêmes conditions… Il faut dire aussi que nous sommes entrés dans une période où il existe une telle multitude de facteurs, conditionnels les uns par rapport aux autres, qu’il est très difficile de prévoir ce qui pourrait se passer. Ceci posé, je dirai qu’il est assez improbable que les choses s’arrangent si on ne fait rien. Dans le cas de la zone euro, depuis l’éclatement de la crise début 2010, toutes les décisions sont prises trop tard pour être efficaces. Il faudrait renverser la vapeur, mais on ne voit pas bien comment ce la pourrait être fait… Nous vivons un désastre annoncé.
 Quelles seraient les mesures à prendre, selon vous ?
La plus importante serait, au lieu de prendre des mesures qui impactent négativement les salaires, d’augmenter le pouvoir d’achat pour reconstruire une demande sur le marché…
En clair, surtout pas la rigueur ?
La rigueur est la pire des choses. Elle ne se justifie que par rapport au pacte financier européen, mis en forme sous le nom de « règle d’or », et qui est fondé sur une erreur de logique économique élémentaire.
 Pourtant, la plupart des experts, à commencer par Nicolas Baverez avec qui vous débattrez à la Villa Gillet, estiment que nous avons vécu trop longtemps au-dessus de nos moyens, qu’il faut maintenant payer la facture…
C’est complètement faux. Ce qui s’est passé depuis les années 70, c’est une prédation accélérée des investisseurs financiers et des dirigeants sur les entreprises. Les salaires ont de fait stagné, alors qu’on vivait une période d’explosion de la productivité, grâce en particulier à l’introduction des ordinateurs. Il faudrait donc plutôt dire : les dirigeants des grosses entreprises et les actionnaires ont vécu au-dessus des moyens des salariés.
 Même diagnostic sur l’Etat-providence, que ces experts veulent démanteler ?
Mais si la France, et l’Europe en général, n’ont pas encaissé le coup de la crise des subprimes aussi durement que les Etats-Unis, c’est justement grâce au bouclier que représente la protection sociale. C’est le dernier mécanisme de défense contre l’effondrement du système capitaliste, la dernière chose qu’il faudrait attaquer… Mais la crise est utilisée comme prétexte pour démanteler la protection sociale, non parce qu’elle coûterait trop cher, mais parce qu’on continue d’appliquer ce programme ultralibéral qui a pourtant été complètement contredit par les faits depuis 2008.
 Dans le discours de Toulon que vous évoquiez, Nicolas Sarkozy annonçait vouloir réformer le capitalisme, le moraliser. Mais vous, vous écrivez que « Le capitalisme est à l’agonie » (Editions Fayard, 2011)…
Oui, le capitalisme est à l’agonie parce qu’on n’a rien fait.
 Il était donc sauvable ?
Oui, le capitalisme était sauvable. Et la responsabilité de la disparition du capitalisme sera entièrementà la charge des politiques et des responsables de banque centrale qui pouvaient sauver le capitalisme en 2009, mais ne l’ont pas fait.
 Et pourquoi ?… Pourquoi Nicolas Sarkozy, dont vous semblez saluer la lucidité en septembre 2008, n’aurait ensuite pas agi ?
Il y a la tentation très humaine de vouloir croire que les choses pourraient s’arranger d’elles-mêmes, ce qui diminue la pression pour imposer de vraies mesures. Et puis il y a eu un rapport de force perdu entre Monsieur Sarkozy ses partenaires, par exemple une rencontre avec Monsieur Obama, qui a fermé la porte à toutes les mesures qu’il proposait.
 Vous écrivez, dans « La guerre civile numérique » (Editions Textuel, 2011)), que nous sommes dans une « situation prérévolutionnaire ». N’est-ce pas exagéré ?
Non, le parallèle peut être fait avec 1788 : tout le monde a bien analysé la situation, mais la classe dirigeante reste « assise sur ses mains », comme on dit en anglais, elle espère que les choses vont s’arranger d’elles-mêmes. C’est criminel.
 Vous pensez donc que les gens vont se révolter ?
Oui… Les mouvements d’indignés sont des protestations qui restent assez domestiquées. Dans certains pays, les gens réagissent en fonction de leur degré de souffrance : ils manifestent un peu quand ils souffrent un peu, et davantage s’ils souffrent plus… Mais en France, on n’a pas cette tradition. On encaisse jusqu’à un certain seuil, et puis ça explose.
 Et vous pensez que nous y sommes ?
Oui, on arrive à un seuil. Cela se manifeste de manière indirecte, dans le nombre de gens qui se disent prêts à voter pour le Front national. Je discutais l’autre jour avec un chauffeur de taxi : il m’a fait une analyse de la situation qu’on dirait d’extrême gauche, et à la fin il m’a expliqué qu’il allait voter pour Marine Le Pen… Cela n’avait pas de sens au niveau politique, mais c’était sa manière à lui d’exprimer son indignation.
 La campagne présidentielle peut-elle permettre de mieux débattre et d’avancer vers des solutions ?
Les candidats « éligibles », Messieurs Sarkozy et Hollande, resteront dans le cadre défini par la Banque centrale européenne et le FMI, c’est-à-dire l’absence de mesures véritable, comme depuis 2010. Les gens manifesteront leur désaccord par des votes de protestation, par les votes blancs et nuls, et par l’abstention. Les gens vont voter contre des candidats, pas pour des programmes.


 Jeudi 12 janvier, 20h30, Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon : « Quand le peuple agit : révoltes, révolutions, réformes », débat entre Paul Jorion (www.pauljorion.com/blog), Nicolas Baverez et Sophie Wahnich. Renseignements : 04.72.07.49.49 et www.croix-rousse.com.